dimanche 10 avril 2022

Cimetière de Belley : éléments pour une enquête

Au cimetière des Eplantaz, 4ème division, 2ème section, N° 22 et 23, seuls deux noms sont inscrits sur le registre pour cet emplacement réservé pour les personnes exécutées, ceux de deux exécutés à Belley en janvier 1950 et février 1951.
Ce lieu, qualifié « d’austère emplacement où reposent les condamnés » lors de la première visite d’une délégation municipale au cimetière des Eplantaz, est aujourd’hui engazonné.
(R1 – le Coq Bugiste, 06/11/1964).
La décision ayant été prise de transférer le cimetière de Belley du lieu-dit La Bouvardière aux Eplantaz, il avait été décidé de l’enlèvement des monuments funéraires dans un délai d’un an.
(R2 – Le Coq Bugiste, 09/02/1962).

Il n’y a donc aucune trace de Jules Charlet et pas davantage de pierre tombale parmi celles qui ont été transférées depuis l’ancien cimetière. Or, si Jules Charlet a été condamné à mort par le 2ème Conseil de guerre de Lyon avec deux autres de ses compagnons, soupçonnés d’avoir tenté de fomenter une résistance au coup d’état du 2 décembre 1851, il fut le seul à être exécuté à Belley le 29 juin 1852.
(R3 – Entretien entre Charlet et l’abbé V. Marchal dans « Souvenirs d’un missionnaire–1874 »)

Condamné « selon la forme ordinaire des exécutions criminelles » et malgré le silence qui suivit ce jugement, la mémoire de Jules Charlet fut honorée par Victor Hugo en souhaitant voir s’élever « un universel cri d’horreur… » à l’encontre de « Napoléon le petit »(1852).
(R.4 - p. 154-155).

Trente plus tard, dans sa séance du 8 novembre 1891, le Conseil municipal de Belley, Charles Mante étant alors maire, prit enfin une décision réparatrice, ainsi qu’il est relaté :

« Le Conseil… vote en faveur de la réhabilitation de Charlet Jules, mort sur l’échafaud à Belley, suite à une erreur judiciaire en 1852 1° une concession perpétuelle de terrain dans le cimetière de Belley 2° une somme de 100 F consacrés à l’érection d’une pierre tombale sur le terrain concédé 3°une somme de 66,66 fr (le tiers de 200 F )qui sera versée dans la caisse de l’hospice par application du tarif des concessions perpétuelles …. »
(R 5 - registre des délibérations du Conseil municipal de Belley, A.D. Ain).

La délibération ne fut pas approuvée par le Ministre de l’Intérieur mais une souscription publique permit de financer le monument érigé (colonne brisée).

L’inauguration officielle eut lieu le 23 septembre 1892 ; le monument fut installé à côté de la tombe d’Anthelme Roselli-Mollet, nommé maire de Belley du 30 avril au 23 octobre 1848 et élu à l’Assemblée Législative le 13 avril 1849.
Lui aussi républicain et opposant au coup d’état bonapartiste, il fut proscrit en Belgique.

Toutes les références (R) correspondent à des documents conservés par ABIS et consultables.

France Fortunet

dimanche 20 mars 2022

L’archéologie dans l’Ain

1990 : première édition de la « Carte archéologique de la Gaule » consacrée au département de l’Ain, par André Buisson.

2017 : deuxième édition complétée suite à la création de l’INRAP (Institut National de Recherche Archéologique Préventive) en 2002, ce qui a permis de multiplier et professionnaliser les interventions.

Quelques sites remarquables :

Belley
2009 : fouilles des thermes de la rue des Ecassaz.
2014 : fouilles du site de la vieille porte.


Saint-Vulbas :
De 1994 à 2012, les fouilles ont permis la mise au jour d’une agglomération que l’on ignorait.

Briord
2002 : publication du cimetière des Plantées

Meximieux
1994 : découverte d’un ensemble de constructions.
2012 : trésor de 4969 monnaies d’imitation (IIIe siècle).

Izernore
2015 : reprise des fouilles du temple.
Les notices de synthèse se sont considérablement enrichies.

Un ouvrage de grande qualité en consultation à ABIS, le vendredi après-midi ou sur rendez-vous, Maison Saint-Anthelme à Belley.

dimanche 21 novembre 2021

Le monument aux morts de Rossillon : son histoire, son livre d’or.

Devant l’église du XIIe siècle, le visiteur peut s’attarder et contempler le monument aux morts de cette commune pour y lire les noms gravés, sans connaître l’histoire de sa construction.


A l‘issue de la Grande Guerre, la commune de Rossillon décide l’érection d’un monument destiné à rendre hommage à ses enfants morts pour la Patrie.
Un comité est créé sous la présidence de Marius Vitte ; il est composé de Louis Suchet, Président en exercice, du Vice-Président François Tournier-Billon, de deux secrétaires : Louis Perraz et François Dubois, le trésorier est Léon Deville.
12 quêteurs sont recrutés : ils feront appel à la générosité des habitants de la commune et des environs.
5.446.75F seront collectés auprès de 235 donateurs. Parmi eux, de nombreux Rossillonais, mais également des Parisiens, des Lyonnais, des Genevois, des Brésiliens et un Monégasque. Tous ayant un lien plus ou moins étroit avec le village.
A cette somme, s’ajouteront des ressources diverses provenant de vente de cartes postales, de collectes faites lors de la vogue, de banquets ou de mariages.
Parmi les dépenses figurent le coût du monument proprement dit (6.683.60F), les frais engagés par la souscription ainsi qu’une provision pour l’inauguration et le banquet. Il manque alors 980F pour boucler le budget. Le 20 novembre 1921, le monument conçu par l’architecte Louis Suchet, réalisé par le sculpteur Elie Marius Descôtes-Genon est inauguré en présence du sénateur Chanal, d’un représentant du Préfet de l’Ain, de conseillers généraux et d’arrondissement et des maires des communes du canton.
Le 21 novembre 1921 (au lendemain de l’inauguration), la mairie, sous la présidence du maire Francisque Carrier prend une délibération afin de subventionner le comité à hauteur de 1000F.
A ce jour, le cimetière a été déplacé et le monument trône seul sur la place de l’église. On peut y lire les noms des morts pour la France de la guerre de 1870 à la guerre d’Algérie.
Le livre d’or de ce monument est conservé précieusement par la mairie de Rossillon.
Nous remercions le maire, Georges Bouvier, qui a bien voulu nous autoriser à le consulter et à en reproduire quelques pages.

dimanche 24 octobre 2021

Les Espagnols de Preveyzieu – juin 1944

 



Ils étaient 40 bûcherons employés par l’entreprise Romeggio de Belley, rattachés au 128e Groupe de Travailleurs Etrangers d’Ambérieu-en-Bugey.

Ces GTE ont été créés en 1940 pour pallier la captivité par les Allemands de plus d'un million de Français.
40 000 réfugiés étrangers (juifs, républicains espagnols, Polonais...) seront incorporés dans une centaine de groupements, véritables camps de travail dans lesquels les conditions de vie étaient notoirement insuffisantes, les contrôles permanents et où l'absence de rémunération était la règle.

Récit de M. Santos : ces Espagnols (sans lien avec la Résistance) auraient été dénoncés par une personne condamnée et fusillée par le Maquis à la Libération, près du cimetière de Contrevoz.

Au matin du 19 juin 1944, les troupes allemandes encerclent le hameau de Preveyzieu.

Sept bûcherons sont arrêtés et emmenés à pied de Preveyzieu à Contrevoz, puis transférés à l’école d’Artemare où ils trouvent d’autres personnes (résistants ou non) capturées entre Hauteville et Artemare, entre le 12 et le 16 juin. Certaines d’entre elles seront relâchées, 19 seront enfermées et interrogées dans une cave d’une maison d’Artemare.

Le 20 juin, ces personnes sont emmenées à Challes-les-Eaux par les troupes allemandes de représailles, basées dans la région chambérienne.
Elles seront toutes exécutées en début de soirée.
Parmi ces martyrs, figure Joseph Barrier, maire de Rossillon, qui tenta en vain de sauver ces otages.
Elles seront inhumées à Challes avant d'être, pour certaines, transférées dans les concessions familiales. Les dépouilles des autres ont rejoint le cimetière du monument des Maquis de l’Ain au Val d'Enfer à Cerdon.

À Preveyzieu, trois résistants furent blessés lors de l’accrochage avec les Allemands : Mazzia, Sisaburo et Dupont.
Ils furent cachés à Preveyzieu puis soignés par le Docteur Speklin qui les fera hospitaliser à Belley.
Quant à Romano Lazzarini, il fut mortellement touché. Une stèle a été élevée à sa mémoire le long de la route qui mène de Preveyzieu à Ordonnaz. Elle est régulièrement fleurie.

Résumé d’un dossier communiqué par Thomas Lesobre.
Tous les éléments ayant servi à son élaboration sont consultables au local de l'association ABIS, le vendredi après-midi à la Maison Saint-Anthelme à Belley.

dimanche 17 janvier 2021

1906 – le 133 de Belley et la catastrophe des mines de Courrières.

 Le 10 mars 1906 a lieu la plus importante catastrophe minière d’Europe dite catastrophe de Courrières : 1099 morts.

L'émotion qui s'ensuivit, et la polémique sur la gestion des secours, sont à l'origine d’une crise politique et sociale qui débouche sur l’instauration du repos hebdomadaire.




Un mouvement de grève s’étend sur le Nord Pas de Calais et gagne tout le bassin minier français. Face aux mineurs en colère, Georges Clemenceau, alors ministre de l’intérieur, mobilise 30 000 gendarmes et soldats.


Obsèques des mineurs

En avril 1906 le 133ème R.I. de Belley est envoyé à Denain.


Arrivée de l’infanterie à Denain.



Denain le 29 avril 1906. Dementhon 133ème R.I. 12ème Compagnie. «  Notre voyage s’est effectué dans de bonnes conditions. Arrivés à 10 h ¼ le lendemain soir de notre départ… ».


Cantonnement de l’infanterie.



De retour à Belley. Oblitération du 17/07/1906

Ce n’est pas mal. Hein ! Au revoir. P. Eugène (11e Cie)""… je pense que tu n’auras pas beaucoup de peine à me reconnaître dans ce groupe. Je me suis fait photographier quelques jours après mon retour des grèves.

En 1911 le 133ème de Belley est de nouveau mobilisé pour assurer le service d’ordre pendant la révolte des vignerons de Champagne.


Jusqu’en1920, on a souvent recours à l’armée pour contenir ou réprimer les mouvements sociaux. Fraternisation avec les manifestants ou usage excessif de la violence avec ouverture du feu imposent la création d’une force spécialisée dans le maintien de l'ordre.

En 1921 sont créés les premiers pelotons mobiles de gendarmerie au sein de la gendarmerie départementale. Leur mission principale est le maintien de l'ordre mais ils remplissent également des missions de formation, de renfort à la gendarmerie départementale ainsi que des missions militaires.



C. Perrais décembre 2020



 






samedi 8 août 2020